Touristes à l’étranger et enfants des rues.

Modérateur: benjamin

Touristes à l’étranger et enfants des rues.

Message par benjamin » Lun Juil 02, 2007 5:35 pm

Ah qu’ils sont attendrissants, ces gamins que l’on voit errer dans les rues, munis de leur petite caisse en bois et cherchant à cirer vos chaussures (Brésil), ou ces petites vendeuses de "chicletts" (idem) ou ces petits loupiots malicieux qui se proposent de vous servir de guides (Maroc), ou (un peu partout) de garder votre voiture… voire simplement de mendier!


C’est vrai que la première réaction, c’est de les aider. On croit bien faire en leur offrant du travail, on se donne une bonne conscience pour deux balles. En réalité, on contribue à un cercle infernal dont ils seront les premières victimes.

Je prendrai l’exemple que je connais le mieux : celui des gamins des rues brésiliens.
D’abord, on va rétablir une vérité : il n’y en a pas "des millions", mais "seulement" quelques dizaines de milliers. Il faut en effet ne pas faire l’amalgame entre :

le gosse qui a des parents qui s’occupent de lui, qui va à l’école tout en consacrant quelques heures par jour à circuler pour, par exemple, vendre les gateaux que sa mère a confectionnés afin d’améliorer l’ordinaire de la famille ;

celui qui a "largué" totalement les amarres, qui vit dans la rue,et de la rue, hélas très vite irrécupérable.

La convention internationale des droits de l’enfant est une bonne référence, parce qu’elle est une synthèse entre les préoccupations humanistes et la réalité du terrain.

Elle reconnaît la possibilité de faire travailler les enfants, dès lors que ce n’est pas au détriment de leur santé et de leur éducation (pour simplifier : un travail limité dans le temps, pas pénible qui leur laisse la possibilité d’aller à l’école et de jouer)

Dans ce cadre, le travail des enfants est non seulement admissible mais - ne nous leurrons pas - souvent indispensable à la survie de la famille. Seulement il faut absolument être sûr de ne pas obérer les chances du gosse en croyant bien faire.

Un petit cireur de chaussures d’une dizaine d’années, c’est attendrissant au possible. Sa dextérité, son air malicieux, les jongleries qu’il effectue avec son petit matériel, ça porte à rire, et à céder à ses instances. Résultat des courses, au contact des touristes qui surpayent son travail, le minot gagne en une journée jusqu’à 5 fois plus que son père - ce dernier ouvrier qualifié qui se lève tôt le matin pour rentrer fort tard, épuisé. (un maçon à Belém gagne environ 25 Réais par jour -8 €-, un petit cireur demande aux touristes 3 RZ par paire cirée… et est fort content d’obtenir 0,5 RZ de la part d’un Brésilien).

Conséquences : le gosse ne voit pas la nécessité d’aller à l’école puisqu’il gagne bien mieux sa vie que son père, qu’il aura tendance de ce fait à mépriser (plus d’autorité structurante au sein de la famille). Il n’y va donc pas, prend les habitudes classiques de "l’argent facilement gagné - facilement dépensé" : on s’achète deux hamburgers au lieu d’aller dîner chez soi, cigarettes, colle à rustine, diluant pour se shooter sont facilement disponibles, un t-shirt sale est remplacé et non lavé, etc.

Dans le meilleur des cas, il ramène chaque soir une somme substantielle à la maison ; dans la plupart, les liens familiaux se distendent et il finit par ne plus subvenir qu’à ses propres besoins, sans être "encadré" par les parents.

Vient l’adolescence… le gamin mignon et attachant perd son charme enfantin. Il n’intéresse donc plus les touristes qui de bonne foi font "travailler" de plus jeunes. Cet adolescent, illettré, sans la moindre formation, asocial parce que jamais ou très peu scolarisé est alors totalement impuissant, livré à lui-même. Bref, le gibier parfait pour les gangs, les dealers ou - s’il est mignon(ne) - les proxénètes.

On ajoutera à cela le fait que dans la majorité des cas, pour gagner le droit de cirer les chaussures dans un espace donné, de garder les voitures sur un trottoir précis, il doit payer un tribut monétaire au gang local et/ou lui rendre des "services" (d’ordre sexuel, ou de portage de petits paquets, ou de faire le guet, etc.).

Bref, on aura foutu la merde, on aura déstructuré gravement des liens familiaux, on aura contribué à désocialiser des mômes en croyant bien faire… c’est dramatique, surtout quand cela se pratique dans des pays comme le Brésil, le Maghreb, l’Inde, etc. qui mettent progressivement en place une éradication de l’alphabétisation, lente mais en proportion avec leurs moyens : exemple de la "bolsa familial" brésilienne (allocation familiale) liée à la scolarisation des enfants qui de surcroît reçoivent un repas équilibré à l’école même.

C’est assez facile, avec un peu d’expérience, de faire le distinguo entre le gosse qui, par exemple, vend des gâteaux faits par sa mère (laquelle sait donc combien d’argent il doit ramener à la maison puisqu’elle connaît le nombre de parts qu’elle a cuisinées et le prix de vente) et celui qui erre de lui-même. Au premier, achetez ce qu’il vend si ça vous chante ou payez le service qu’il offre au juste prix, sans aucun coefficient multiplicateur proportionnel à votre émotion du moment. Au second, refusez gentiment, mais fermement de contribuer à l’enfermement dans la rue, milieu épouvantable s’il en est.

Et ne vous faites pas piéger ! Le coup classique, c’est : "je ne veux pas d’argent, achète pour moi une boîte de lait pour mon petit frère qui a faim"… Soyez assuré qu’à peine vous aurez le dos tourné, la boîte sera revendue au commerçant (qui prélève sa dîme au passage) avant d’être cédée au gogo suivant (idem pour les vêtements, les médicaments, etc.). Ca, c’est un truc très prisé à Salvador

Soyez assuré qu’un petit mendiant est surveillé de loin, et que l’essentiel de sa dîme est prélevée par des racketteurs.

Pour les gardiens de voiture^^ : là vous êtes obligé d’y passer, hélas, si vous voulez avoir une petite chance de la retrouver intacte. Mais informez vous auparavant auprès d’un autochtone fiable du "juste prix" !


Et si ça vous chante, si vous vous sentez l’âme généreuse, si vous voulez faire quelque chose pour l’enfance en danger, contribuez à des actions collectives mises en place par des gens compétents.

La ville de Fortaleza avait fait une campagne d’affichage en plusieurs langues : "touristes, n’aidez pas les enfants des rues! aidez nous à les conduire à l’école où ils seront éduqués, nourris et resocialisés". Tout était dit.


J’ai eu récemment tous les jours sous les yeux l’exemple d’Oiapoque, une bourgade brésilienne placée sur la frontière avec la Guyane française, et épargnée jusque là par ce phénomène des enfants traînant dans les rues.

Depuis qu’une route permet aux Cayennais d’y passer le week-end sans trop de mal, on voit proliférer les petits "porteurs", les "guides", les rabatteurs (vers tel ou tel magasin, restaurant ou « boate »), etc. La déscolarisation induite par ce phénomène est manifeste, et très vite, gamins et gamines sont soumis à d’autres tentations, qui permettront de gagner encore plus vite de l’argent…
Benjamin
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