recife, patio S. Pedro (suite et fin)

Modérateur: benjamin

recife, patio S. Pedro (suite et fin)

Message par benjamin » Lun Juil 02, 2007 4:29 pm

Depuis au moins une demi heure, en contrebas de la scène, patiente gaiement un groupe de gamins et gamines de 8 à 14 ans, splendidement vêtus, sans le moindre énervement, sans manifester la moindre turbulence, attendant la fin du numéro précédent.

Prend place un nouvel orchestre, dont on devine très rapidement qu’il sera d’une autre pointure. Accords, quelques courts "boeufs" du trompettiste et du tromboniste pour se mettre en bouche, ébauche de rythmes très élaborés, et la scène se remplit.

Incroyable diversité de personnages tous issus des légendes du Pernambuco. Je citerai un ours blanc (!) enchaîné, tenu par un chasseur en uniforme de bandeirante muni d’une vieille espinga, un jeune homme vêtu d’un terno de gravata (costume cravate) des années 30, très sérieux avec son beau cartable en cuir noir, des valets à perruques blanches poudrées portant bien haut les emblèmes de la troupe (des chefs d’oeuvres de broderie artisanale), un boi noir, une théorie de gosses des deux sexes splendidement accoutrées, et une demi douzaine d’adolescents capables d’exercer des figures à rendre pâle de jalousie le G Kelly de la grande époque, du "singing in the rain"

Jeune chanteur d’une voix de ténor superbement accompagné par un orchestre swinguant de manière extraordinaire, et entamant non une chanson, mais une véritable romance qui s’étale sur plus de cinquante minutes, racontant une histoire dont je n’ai guère saisi le sens tant la langue était pleine d’expressions locales, d’archaïsmes, de références ignorées de moi même, avec un refrain repris régulièrement par la foule entière qui peu à peu se met à danser à l’unisson, toutes générations mêlées.

Photographier crée souvent une distance avec les sujets. Là, c’est le contraire. On me guide, on me facilite le passage, on m’encourage à monter sur un coin de la scène, et je peux saisir la plus incroyable farandole qu’il m’ait été donné d’admirer.


Spontanéité apparente, mais un regard exercé montre que chaque mouvement de foule obéit à un code rigoureux, fruit d’un travail acharné; incroyable sens du rythme de gamins et gamines qui ne donnent nul signe de fatigue malgré la débauche d’énergie dépensée. L’intensité du spectacle va crescendo, les "acrobates" exerçant des figures hallucinantes, à rendre jaloux tout capoeiriste confirmé, cela avec un sourire perpétuel qui n’a rien de stéréotypé, sans jamais montrer le moindre signe de fatigue eux non plus.

Ce n’est qu’à la fin de cette interminable romance que les gosses quittent la scène et peuvent alors se laisser aller, vidés, déshydratés, se jetant sur les verres d’eau glacée qu’on leur tend, mais heureux, se congratulant, avant de repartir sur la place dans leur rythme endiablé, demandant instamment à être photographiés mais ne prenant jamais "la pose de singes savants" chère à bien des gamins cabotins. L’orchestre, lui, continue sur sa lancée de façon plus improvisée avant de descendre lui aussi sur la place sans jamais s’arrêter, et la foule mêlée aux chorégraphes s’emballe davantage encore

Vision du président de l’association, petit bonhomme tout sec coiffé d’un curieux petit chapeau et de lunettes désuètes, qui se lance dans une chorégraphie à la fois sobre mais d’une extrême complexité sous les applaudissements unanimes, face aux "acrobates" qui lui répondent dans un autre registre: une réincarnation de Charlie Chaplin, pour la grâce et la technicité!

Orchestre se déchaînant dans une sarabande de plus en plus débridée, succession de boeufs de très haute qualité générant des tonnerres d’applaudissements. Gamins du public envahissant spontanément la scène, autour du petit camé décrit dans la note précédente qui éblouit tout le monde par son sens du rythme - malgré son état second.

Présidente de la Casa do Carnaval toute proche qui demande à me parler, me donne son adresse électronique pour que je lui envoie, si je le veux bien, les meilleurs photos que j’ai pu prendre (évidemment, que je veux! J’ai même laissé sur place une petite somme d’argent destinée à couvrir leurs frais d’impression pour que chaque gosse ait son petit souvenir).


Entretien autour de quelques bières avec le président, des jeunes acrobates - qui ne cessent nullement leur prestation, ce qui sur un plan purement physique est proprement inouï… On s’est séparés fort tard, certains m’ayant fort gentiment demandé le prix (très modique pour moi) d’un passagem de onibus qui leur évitera une heure de marche.

Échange d’adresses, promesse formelle de ma part de revenir.

Puis escorte spontanée pour qu’il ne m’arrive rien, jusqu’à la station de taxi voisine.

Bref, soirée fabuleuse qui laisse des souvenirs pour une vie entière…
Je reviendrai à Recife !
Benjamin
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benjamin
 
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