L'insécurité au Brésil: opinion personnelle et suggestions

Modérateur: benjamin

L'insécurité au Brésil: opinion personnelle et suggestions

Message par benjamin » Lun Juil 02, 2007 3:39 pm

On dit tout, et n’importe quoi sur le sujet quand on parle du Brésil, aussi je vais tenter de faire le point.

C'est incontestablement un pays violent, sans commune mesure avec ce qu’on peut rencontrer en France. Mais malheureusement pour eux, les principales victimes de cet état de fait sont les Brésiliens eux mêmes, et surtout les plus défavorisés qui, habitant des cases ou des palafittas en pleine favelas, ne peuvent se protéger par des clôtures électriques, des vigiles armés et des systèmes de détection ultra sophistiqués comme la bourgeoisie locale.

Le touriste ne risque guère sa vie, à condition de respecter un minimum de règles de bon sens. Le risque statistique d'être pris dans une fusillade est faible, mais néanmoins bien plus important qu'en Europe. Si cela vous arrive, couchez vous, planquez vous sous une voiture, attendez la fin de l'orage et ayez au moins aussi peur des flics que des malfrats! Evitez de vous attarder près des convoyeurs de fonds en activité, près des manifestations ou dès qu'il y a mouvement de foule. Un gosse écrasé par un bus à Belém, et c'est le bus incendié, son personnel pourchassé et les policiers anti émeutes reçus comme il convient (chose vue). Se barrer de suite!

1/ On ne pénètre jamais ‘’pour voir'’ dans une favela sans être accompagné d’un ami brésilien fiable: pas un de ces jeunes intermédiaires plus ou moins véreux toujours à l’affût de bons plans à proposer aux gringos… les pires étant ceux qui baragouinent quelques mots d’anglais - ou, plus rarement, de français - et qui ne sont pas encartés dans un organisme officiel ou une agence de tourisme. En plus (opinion personnelle) cela s'apparente à du voyeurisme.


2/ On a fait l’effort, avant son voyage et si on veut sortir des sentiers battus, de suivre une cinquantaine de leçons de cette fameuse méthode déclinée en une infinité de langues (pour le cas qui nous intéresse, le brésilien sans peine, en insistant sur l’aspect ‘’audio'’: les sonorités et accentuations sont très particulières). La plupart des malandrins potentiels évitent ceux qui baragouinent quelque peu le portugais, dont ils supposent qu’ils seront mieux à même de se plaindre à la police. En plus, parler portugais donne un capital de sympathie non négligeable tant ainsi l’image de gringo s’estompe

3/ Pas d’étalage indécent de richesse. La pauvreté n’est pas une excuse à la délinquance, mais elle constitue une explication partielle. J’ai connu une femme qui déambulait au Ver O Peso de Belém avec un collier de 200g d’or autour du cou… ce qui représente une année de salaire brésilien. Inutile de dire qu’en moins de cinq minutes elle s’en est vue délestée par un vol à l’arraché… Laissez votre Rolex chez vous (de toute façon ça fait plouc nouveau riche), et portez une montre normale. Elle tentera beaucoup moins les malfrats et si d’aventure quelqu’un la désire vraiment, vous la donnerez sans chagrin excessif au lieu de résister (ça, ça peut être très stupide) Pour cette raison, ne portez rien qui ait une connotation affective, que par instinct vous seriez tenté de défendre.

4/ Ecoutez les conseils qu’on vous donne, mais relativisez! A entendre vos amis brésiliens, à lire certains guides, tout n’est que péril et on ne doit sortir de son hôtel qu’en bus climatisé et en troupeau, pour se rendre dans des lieux protégés par la police touristique… Il faut faire la synthèse…

5/ Si vous possédez un camescope, un appareil photo de prix et ‘’qui en jette'’ (genre gros reflex, numérique ou non), ne le sortez que dans un endroit relativement sécurisé ou faites vous accompagner.

Je suis allé dans des endroits incroyables en toute quiétude, avec du bon matériel, parce que j’avais une escorte composée d’amis du moment… qui ne s’étaient pas proposés spontanément pour cela (voir le point numéro 1) ou parce que j’avais discuté avec le réceptionniste de l’hôtel qui avait trouvé dans ses relations un accompagnateur heureux de gagner un peu d’argent : c’est ainsi que j’ai pu arpenter les magnifiques cimetières Santa Izabela de Belém, ou du Gavão de São-Luis avec un matériel de prix et alors que ces endroits pleins de coins et de recoins se prêtent à merveille à des agressions: Pour 20 R$ (une fortune!) plus un repas offert dans une lanchonete populaire, j'avais deux armoires à glace avec moi... dont en plus je me suis fait des copains.

6/ Gare aux pickpockets, mais ils sévissent aussi à Paris! ÉVITEZ les sacs à dos (mochilas), pour deux raisons:

- ils s’ouvrent ou se découpent facilement par derrière sans qu’on s’en aperçoive;
- on assimile leurs porteurs aux routards désargentés quelque peu parasites, et on les traite en conséquence (préconceito…) Plus de ‘’chance'’ de se voir contrôler par la police, la douane ou autres services… ou hôtels qui, sur votre mauvaise mine, feront preuve de réticence.

Personnellement j’en ai un ultra léger que je mets au fond de mon grand sac de voyage qui fait plus "social", et je n’utilise la dite mochila qu’en situation de randonnée.

7/ Les hôtels de standing moyen et élevés sont sûrs. Considérez la chambre comme un sanctuaire où vous ne ferez pas entrer les "bonnes fortunes" sentimentales, pour éviter les problèmes. Pour cela il y a les motels, que l’on paye à l’heure ou á la nuit, qui sont discrets, confortables et sûrs. Gare aux diverses drogues « du viol » ou équivalent !

8/ Laissez le passeport à l’hôtel, mais ayez toujours sur vous des photocopies de celui ci et de la carte de entrada/saida ainsi qu’une cartinha de l’hôtel avec son nom, son adresse et son téléphone: la perte de ce document est catastrophique, les consulats français étant aussi rares que redoutablement inefficaces, peu aimables et ouverts quand ils veulent, c’est à dire rarement. Comme on ne peut pas acheter de billet de car ou d’avion sans présenter un document officiel, emportez également votre carte d’identité - faute de quoi la situation peut devenir kafkaïenne en cas de perte de ce passeport.

9/ Ayez assez d’argent sur vous pour vivre et pour contenter un éventuel malfrat, mais sans plus: avec vos cartes bancaires vous pouvez retirer quotidiennement ce dont vous avez besoin (distributeurs HSBC, BRADESCO, BANCO DO BRASIL). Les paiements par carte via les sabots antiques sont en voie de disparition.
De toute façon, REFUSEZ systématiquement ce moyen.

Ne retirez pas d'argent dans des DAB isolés, ou la nuit.

10/ Ne ratez pas une opportunité de faire de la monnaie: il y a pénurie de troquinho au Brésil. L’Euro est maintenant bien connu, inutile donc d’acheter des dollars et de payer ainsi deux commissions de change. L’hyperinflation brésilienne est du domaine de l’histoire, plus de problème de prix qui changeaient chaque jour…

Hôtels: demandez toujours quel est le rabais si on paye com dinheiro (en espèces): vous obtiendrez au minimum 10%, comme dans de nombreux magasins. Demandez le prix la carte de crédit à la main et une fois celui-ci établi :
- Se pagar com dinheiro, tem desconto ? (si je paye en cash, il y a une réduction ?)

Et vous aurez quasiment toujours de 10 à 20% de rabais.

9/ En cas d’assalto (agression), ne résistez pas, jamais!.

Le "craque" fait des ravages et il y a toutes les chances pour que le jeune qui vous braque - voire le môme - soit en pleine descente, complètement halluciné… et il est armé, lui. Donnez ce que vous avez (pour ça qu’il faut avoir sur soi de quoi le satisfaire, sans plus)

Le recours postérieur aux polices civile et militaire est assez illusoire tant elles sont inefficaces et corrompues. La police fédérale est plus rigoureuse, mais elle ne s’occupe pas du traitement des délits de droit commun. Il faut avoir de quoi satisfaire le braqueur, sans plus. La norme est de 50 à 100 R$


10/ faites attention à l’urbanisme très particulier des villes brésiliennes: favelas et quartiers chics s’imbriquant les uns dans les autres: on peut sans s’en rendre compte passer d’une zone résidentielle bien protégée à un no mans land fort dangereux et cela sans la moindre transition, voire un quartier qui a l'air chic mais qui voisine une favela "qui craint" et dont certains habitants descendent de temps à autre faire des razzias (situation fréquente à Rio) . En cas de doute, prenez un taxi: ils ne grognent jamais, même si on leur demande une toute petite course.

A votre disposition pour d’autres conseils et informations. Je rappelle qu’on ne parle que des trains qui déraillent et non de la multitude de ceux qui arrivent en bon état, et à l’heure. Il en est de même, pour ce qui concerne les problèmes d’insécurité, pour peu qu’on fasse preuve d’un minimum de bon sens.

___________________

PS: Méfiez vous également des innombrables escrocs français ou du moins européens qui ont tous des affaires mirifiques à proposer, qui vont de l'excursion fantastique et inoubliable dont il faut payer le tiers à l'avance ("je passe te prendre demain à 5h du matin à ton hôtel!avec la voiture que je vais louer") à la "fourniture" de bonne compagnie ou bien qui "viennent de se faire dépouiller" et à qui il est impératif de fournir un "premier secours". J'en connais un à Belém qui "vient de se faire agresser, tout voler" depuis quatre ans et qui doit "recevoir après-demain, par la Western Union, un secours de sa famille" (mais en attendant... faut qu'il mange et qu'il récupère sa valise qu'un vilain hôtelier a bloquée!) Ne riez pas, ce sont des pros qui vendraient du sable aux touareg ou des frigos aux Inuits, et dans le contexte bien des gens malins se laissent prendre! :wink:
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Bravo et félicitations pour ce post !

Message par colombia » Dim Août 05, 2007 7:26 pm

Je suis allé 2 fois à Fortaleza et puis à Icarai de Amontada (entre Fortaleza et jericoacoara) et j'y suis resté 2 mois chaque fois.
A Icarai de Amontada , petit village de pêcheurs ,l insécurité on ne connait pas !
Tes conseils sont néanmoins trés réalistes et il faut toujours se rendre au Brésil comme ailleurs (autres pays pauvres) en connaissant et en appliquant ces principes de bons sens !
bravo et merci.
Icarai de Amontada
Nordeste Brésil
Spot incontournable pour le windsurf,kitesurf!
http://www.cns-icarai-bresil.net
colombia
 
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Message par benjamin » Lun Août 06, 2007 2:01 am

Merci de ton attention, encore qu'on ne puisse jamais dire de nulle part - y compris de charmants bleds de France retirés de tout - que l'insécurité est inexistante. Un serial killer venu du Maranhão a sévi au détriment de touristes dans les petits bleds du Para trois mois durant il y a deux ans, avant que la police ne parvienne à l'interpeler

Il suffit hélas d'une fois et un autre aspect de la problématique, c'est que s'il y a peu de chances qu'il vous arrive quelque chose, quand ça arrive lels services de secours sont bien moins développés que dans les pays riches: pas d'évacuation de blessés par hélicos et pas de SAMU dans les dix minutes sur place.

Cela n'est pas dit pour effrayer ni pour relativiser mais pour se souvenir qu'il ne faut pas baisser la garde.

Mais évidemment, la campagne est bien plus épargnée que les mégalopoles brésiliennes! Fortaleza par exemple est une ville relativement dangereuse dès qu'on sort des "parcs à touristes" très bien surveillés: il suffit de lire la presse locale pour le réaliser.

Cela ne veut pas dire évidemment qu'il ne faut pas s'y rendre... mais qu'il faut le faire en respectant certaines précautions de base.
Benjamin
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